lundi 18 octobre , 2021
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Concept de citoyenneté: Mamadou Koulibaly et Sylla Abdoulaye, lecture croisée (1re Partie)

La question de la citoyenneté reste centrale dans la construction des Etats. Toutefois, faisant l’objet d’un foisonnement de significations, l’idée que se fait le public de la citoyenneté reste vague, voire évasive.

La construction du citoyen en devient dès lors difficile dans une société qui, ne sachant pas le reconnaître, n’a pas les moyens de travailler à son plein épanouissement. Qui est donc le citoyen ? Comment le reconnaître ?

La double approche qui suit se donne pour objectif de tracer les traits de cette figure majeure du projet républicain, avec l’espoir de susciter une adhésion plus vive à sa cause, à la cause du citoyen. 

Dans son ouvrage : Le Libéralisme nouveau départ pour l’Afrique Noire, Mamadou Koulibaly lance une réflexion théorique importante sur les raisons qui, selon lui, plombent les efforts de construction du continent noir.

L’essayiste entend démontrer que le déficit ou plutôt le défaut, l’absence de liberté : liberté de penser, de s’exprimer, d’investir, de créer, de manifester… auxquels les peuples d’Afrique ont été régulièrement soumis est la raison de leur grand retard.

Il commence donc, dans cet ouvrage d’économie, par rappeler les principes fondamentaux des Etats modernes. L’instrument juridique international, en l’occurrence la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, qu’il convoque et dont il discute les termes de l’article premier offre un précieux point d’impulsion à l’œuvre de préhension du concept de citoyenneté qui nous occupe. 

En quoi tient cette approche ? D’abord en ce rappel du texte : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » ; ensuite en cette précision de l’essayiste : « Il s’agit donc des « droits de l’homme », mais aussi des « droits du citoyen ». Il s’agit aussi de la liberté et de l’égalité des hommes, mais aussi des citoyens. » (Mamadou Koulibaly, 1992, p.13)

Il apparaît dès l’entame de la démonstration une nuance entre les deux notions complémentaires : celles de l’homme et du citoyen. La première (l’homme) renverrait à une donnée, plus précisément à « une généralité abstraite intégrant le jeu des intérêts privés qui régissent les relations humaines » (Ibid.) ;

La seconde (le citoyen) « [exprimerait] l’idée selon laquelle la liberté, lorsqu’elle est destinée à un seul individu d’un quelconque Etat, se trouve automatiquement universalisée à l’ensemble des individus de l’Etat. » (Ibid)

Si la citoyenneté s’entend du principe d’universalisation, disons, de généralisation de la liberté à tout le corps social, autant dire qu’il s’agit-là de l’origine même de la démocratie en tant que celle-ci procède de l’isonomia Athénienne c’est-à-dire l’égalité de tous devant la loi dont « Hérodote attribue la paternité à Solon » (C. Mossé, 2013, p. 17). 

La citoyenneté est de ce fait un territoire, une parcelle de l’humanité ou plus prudemment de l’individu, une spécialisation donc de ce dernier concept qui fait sens du côté de la construction de la cité, pour laquelle est nécessaire la règle de droit posée en son centre. Francis Wodié l’admet qui peut marquer cette distinction en écrivant : « Un Etat de droit doit – aussi – être un Etat droit, à travers ses organes, comme doivent l’être le citoyen et l’homme en général. » (F. Wodié, 2018, p. 19).

En clair, le citoyen est le sujet de la loi, c’est un produit dérivé de celle-ci. On est citoyen parce que la loi est là, c’est elle qui nous confère des droits, c’est encore grâce à elle, que, dans la logique républicaine, tous les individus, devenus des citoyens sont placés sur le même pied d’égalité. 

Si le Citoyen est une création légale, c’est en prévision de l’intérêt que doit lui accorder l’Etat totalement dédié son entretien (disons à la fourniture des moyens lui permettant de s’assumer).

Mamadou Koulibaly conclut en conséquence que le citoyen « est un bien public » ; et comme tout bien public, il est censé faire l’objet de la plus grande attention de la part des pouvoirs publics et de toute la communauté nationale.

L’universalisation de la liberté dérive vers l’égalisation des traitements, notamment dans l’accès à l’éducation, aux soins, aux chances, etc. L’homme n’est pas la vocation de l’Etat, le citoyen, si.

Par Kwadjané AGOUBLI

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