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Côte d’Ivoire: Analyse économique du discours du Président Alassane Ouattara

Ce 6 Août, le Président de la République a délivré le message rituel de la veille de la fête de l’indépendance à la Nation. Le Président semblait particulièrement en forme. Son body language transpirait et propageait l’optimisme. Et pour cause, il a annoncé des mesures fortes tant au plan politique qu’économique.

Au plan politique, il annoncé la grâce présidentielle à l’égard de l’ancien Président Laurent Gbagbo, la libération conditionnelle deux officiers supérieurs.

Ces annonces politiques seront sans doute analysées par les partis politiques et les organisations de la société civile. Pour l’heure, je voudrais surtout m’intéresser aux annonces économiques dont les principales sont.

  1. Subvention par l’Etat des prix des produits pétroliers à hauteur de 500 milliards de FCFA à ce jour et blocage des prix de certains produits de première nécessité.
  2. Perspectives économiques reluisantes avec un taux de croissance attendu de 7% en 2022 et à moyen terme.
  3. Accélération du processus de la sécurité alimentaire.
  4. Amélioration des conditions salariales des fonctionnaires et perspectives d’augmentation du SMIG.

La première mesure de subvention des prix des produits pétroliers et du blocage des prix des denrées alimentaires est effectivement ce qu’il fallait dans un contexte d’inflation importée. C’est à l’actif du gouvernement d’avoir pris cette décision.

Les deuxième et troisième annonces relèvent de la prospective. L’accent mis sur la sécurité alimentaire est salutaire. Non seulement, cela permettra de réduire l’exposition aux chocs extérieurs mais surtout permettra de créer plusieurs entreprises ivoiriennes pour plus de richesse et d’emplois pour les nationaux.

La quatrième annonce est certainement celle qui retiendra le plus l’attention de nos compatriotes car il s’agit de salaires. C’est un très bon sujet aussi pour ceux qui s’intéressent aux questions économiques, notamment les relations entre le salaire et l’inflation.

Pour certains, notamment les dirigeants des banques centrales, augmenter les salaires en période inflantionniste, c’est jeter de l’huile sur le feu. Les hausses salariales accroissent la demande qui enflamme le processus inflantionniste déjà en cours.

Pour d’autres, augmenter les salaires en situation d’inflation peut aider à réduire la hausse des prix. En effet des travailleurs plus heureux seront plus productifs et accroîtront la productivité générale de l’économie, ce qui aura pour effet de réduire les prix des biens et services produits en plus grande quantité.

Alors faut-il augmenter ou non les salaires en période d’inflation?

La réponse dépend forcément du contexte. La Côte d’Ivoire importe pour environ 40% de ses biens de consommation courante. Le pétrole brut est également importé. Or ce sont ces deux éléments qui alimentent fortement l’inflation actuelle. Il est vrai aussi que l’offre locale est faible.

Dans ces conditions, une augmentation des salaires n’aura aucun effet sur le niveau actuel de l’inflation. Elle ne sera maîtrisée que si les conditions sous-jacentes sont éliminées, notamment les tensions géopolitiques actuelles. La Côte d’Ivoire n’a aucune emprise sur ces conditions. Elle les subit comme la plupart des pays.

Par contre, une augmentation des salaires viendrait atténuer les effets d’érosion du pouvoir d’achat des consommateurs sans être ce moteur redouté de la spirale inflantionniste.

Par conséquent, revaloriser les traitements des fonctionnaires et des salariés du privé dans les conditions actuelles est une décision économiquement solide.

Cela dit, les finances publiques peuvent elles absorber cette hausse ?

Le Président a estimé le coût global des mesures salariales à 227 milliards de FCFA. Si l’on compare ce chiffre aux prévisions budgétaires pour 2022 pour les traitements des fonctionnaires qui se chiffrent à 1957 milliards de FCFA, cela fait 11,5%.

La question finale est alors simple. Les finances publiques ivoiriennes peuvent elles supporter un surcroît des charges salariales de 11,5%. Seul le gouvernement peut répondre avec précision à cette question.

En conclusion, il est économiquement viable d’augmenter les salaires en cette période d’inflation importée pour éviter l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. Le niveau de cette augmentation dépend des perspectives de croissance de l’économie. Le body language du Chef de l’État invite à l’optimisme. Il est vrai qu’avec la découverte d’un champ pétrolier aux potentiel de 2 milliards de barils de pétrole brut et 2 400 milliards de pieds cubes de gaz naturel, on peut l’être.

Guillaume liby

newsivoire.net

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