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Qu’est-ce que la citoyenneté ? Mamadou Koulibaly et Sylla Abdoulaye, lecture croisée (2e partie)

Au terme de la lecture de Mamadou Koulibaly dont les fondements lexico-sémantique et philosophique ont permis de déduire la figure juridique et politique du citoyen, ce bien public, on a pu observer que l’avènement de celui-ci – le citoyen – provient d’un tournant décisif dans l’organisation des sociétés qui l’ont vu émerger. Le citoyen n’est pas le sujet d’un autre (monarque, empereur, divinité…), s’il est assujetti à une entité, non pas pour être placé sous sa domination mais pour recevoir d’elle une protection, c’est bien à la loi qui le libère, qui l’autonomise et qui le connecte à la fraternité d’autrui : la fraternité universelle.

Un tel état de la question, disons une telle conception des choses, procède d’un processus historique que nous rappelle Sylla Abdoulaye à partir de l’observation des deux modèles antiques de la Civitas (latine)et de la Polis (Egypto-grecque) – ces deux acceptions renvoyant à la notion de « Cité ».  

En s’appuyant sur les thèses d’Emile Benveniste, Tite-Live et Max Weber, Sylla Abdoulaye souligne les différences fondamentales entre la civitas et la Polis pour conclure, supposément par l’histoire, et ce, contre notre conviction du moment, à un autoritarisme ontologique de l’Etat. Soit !

Au sujet du modèle latin, Sylla Abdoulaye rappelle qu’il est structuré d’abord autour des « Cives (qu’il faut correctement traduire par concitoyens) ayant la condition statutaire de mutualité, puis la collectivité de ceux qui possèdent cette condition [et qui] forment la Civitas. » (P. Diandué, Martine Renouprez 2019, p.12)

Dans l’esprit latin le fait démocratique suggérerait, si on suit l’analyste, un rapport horizontal au pouvoir construit au niveau atomique, non pas de la citoyenneté mais bien de la concitoyenneté. Il faut en entendre qu’une citoyenneté isolée n’existerait pas. 

Il s’agit là d’une conception idéale de la pensée républicaine modélisée autour d’un type de citoyen apte à l’emploi civique. Or pense Sylla Abdoulaye les faits démentent ce principe puisqu’aura triomphé le récit du modèle « grec étranger, sur le modèle latin indigène » car désormais partout l’Etat ce n’est pas la civitas mais la Polis. Cette dernière, la polis, se définit comme partant d’un « corps abstrait, indépendant des hommes, source et centre de l’autorité, pour aboutir à polites, qui indique le statut de relation et d’appartenance de ceux qui sont assujettis à la polis. » 

Il s’ensuit une inversion des normes par laquelle le citoyen est dessaisi de ses deux prérogatives principales, à savoir d’abord la construction de la concitoyenneté, ensuite l’édification de la cité vertueuse

S’il faut discuter rapidement l’abrégé d’histoire qui, en ne s’en tenant qu’aux promesses notionnelles, semble intervertir le rôle de l’Athènes démocratique et de la Rome républicaine, l’essentiel à retenir c’est la qualité du citoyen en ce qu’elle tient des principes d’autonomie, d’autodétermination, de liberté, le tout assuré et encadré par la loi.

Si l’on convient de tout ceci, il s’agit peut-être de voir si tout le processus de formation citoyenne ne consiste pas finalement à amener l’individu à prendre conscience de ces exigences cardinales d’autant plus qu’il est dit que c’est de lui que partent désormais toutes les transformations sociales. La question de la conscience citoyenne, de la conscience de la citoyenneté devient donc une question centrale qui doit être éclairée.

Kouadjané AGOUBLI

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