Réseau social et Parcours de vie

Le sens commun entend les réseaux sociaux comme une nouveauté générée par la révolution numérique de la deuxième moitié du 20e siècle et particulièrement par l’invention de l’Internet.

Or, les réseaux sociaux en ligne ou numériques du début du 21e siècle ne sont que le pendant sinon l’avatar dans le virtuel d’une logique ancienne du réel sensible, à savoir que l’homme est un animal social. 

En tant que tel, l’être humain, vivant en société, tisse ou a toujours tissé autour de lui, un réseau social où s’exprime sa sociabilité. Celle-ci s’entend, au sens du sociologue, non pas comme « la qualité intrinsèque d’un individu qui permettrait de distinguer ceux qui sont sociables de ceux qui le sont moins… mais [comme] l’ensemble des relations qu’un individu entretient avec les autres, et les formes que prennent ces relations » (Mercklé 2004, p. 37).

Cette approche renforce l’idée d’une mise ou d’une entrée en relation systématique de l’individu avec autrui dans son parcours de vie.

Un réseau social lui sera donc nécessaire à toutes les étapes de celle-ci. Ce réseau est constitué du cercle familial, des amitiés, des partenaires de travail, de la communauté religieuse etc. Toutes ces entités sont ce que l’on appelle des « unités sociales ».

Ainsi, le réseau social, pense Pierre Mercklé , « peut-être défini comme constitué d’un ensemble d’unités sociales et des relations que ces unités sociales entretiennent les unes avec les autres, directement ou indirectement, à travers des chaînes de longueurs variables ».

Les réseaux sociaux numériques, calque du réel, peuvent, dès lors, être déduits de cette définition à travers ces fameuses chaînes de longueur variables qui rendent possibles cette fois-ci, par le biais de technologies nouvelles, donc indirectement, ce lien ancien nécessaire à l’existence.

Il y a dans la réalité même de ce rets (filet), l’idée d’un ou sinon d’une multitude de points d’attache que la virtualité des réseaux sociaux en ligne n’a jamais remise en cause, contrairement à ce que l’on pense. Car, il s’agira toujours, selon la formule de Norbert Wiener, mathématicien fonctionnaliste et père de la cybernétique, « d’un usage humain des êtres humains » (Wiener 1954). 

« La société aléatoire » (Nora et Minc 1978), qui semble se former depuis les années 1970, a donné lieu à un renoncement de la part des États du tiers-monde à toute idée de cybernétique entendue comme logique « de communications et de contrôle, aussi bien dans les êtres vivants, les sociétés que les machines » (Wienner 1954, p.15).

Cette démission, aggravée dans un pays comme la Côte d’Ivoire par la disqualification de l’institution universitaire dans le débat public et la gestion de la cité, donne les réseaux sociaux numériques pour un terrain offshore débarrassé de toute attache avec le continent légal, éthique, et des conventions éducatives, politiques etc. 

L’œuvre à engager pour rattraper ce continent à la dérive est donc bien celle du rets, c’est-à-dire de la fixation des amarres au reste du territoire social par l’investissement de la science à la compréhension de cette société de l’information si apparamment désarticulée, si définitivement déconcertante. 

Kwadjané AGOUBLI